Ibrahim Camara réalise son second film avec Génération Court

Depuis quelques années, Génération Court propose à un jeune réalisateur ayant déjà réalisé un film avec le Projet Génération Court de réaliser un second film, qui participera directement en édition nationale. C’est le cas notamment de Yassine Qnia qui avait réalisé son second film, Fais croquer, avec Génération Court pour l’édition de 2011, et qui a remporté le prix du jury ainsi que le prix du public lors de la 6e édition nationale jeunes adultes.

 

Cette année, Ibrahim Camara, qui avait présenté son film Samir en 2014 et avait reçu le prix du public lors de l’édition locale jeunes adultes, réalise son second film avec Génération Court. Son tournage venant de se terminer, nous faisons un point avec lui sur cette seconde expérience de réalisateur avec Génération Court.

 

Comment as-tu connu Génération Court la première fois que tu y as participé ?
La première fois que j’ai connu Génération Court c’était en 2012, j’avais un ami qui avait déjà participé en 2011, Gaëtan Kiaku. Il m’a parlé de ce projet de réalisation de film et ça m’a plu, donc j’ai postulé. Je n’ai pas été pris les deux premières fois, mais la troisième était la bonne.

Pourquoi as-tu eu envie de participer à Génération Court la première fois ?
J’avais envie de découvrir le milieu du cinéma, parce-que j’écris déjà de mon côté des petits textes, des poèmes, etc. Je trouvais intéressant d’essayer de mettre une image sur quelque chose j’ai écrit, c’est plutôt pour ça que j’ai voulu participer la première fois. C’était aussi un défi personnel car Génération Court est une aventure d’une année. Le fait d’aller au bout de cette aventure c’est aussi se dire « je l’ai fait, je suis parti d’un début jusqu’à une fin, j’ai réussi à réaliser quelque chose ».

Tu viens de finir le tournage de ton second court-métrage avec Génération Court, il participera directement à la finale nationale jeunes adultes : parle nous un peu de ton projet.
C’est un projet de film que j’ai eu en tête dès que j’ai commencé à réaliser mon premier court-métrage. J’ai pensé à une histoire inspirée de faits réels et je l’imaginais bien placée dans un cadre cinématographique. Dès que j’ai réalisé le premier projet, je me suis dit qu’il fallait que je continue le cinéma, c’est pourquoi j’ai voulu refaire un court-métrage. L’année dernière j’ai postulé pour réaliser un deuxième film car je savais que Génération Court reprenait un ancien pour l’accompagner pour participer directement à l’édition nationale. Malheureusement l’année dernière cela n’a pas pu se faire. Cette année j’ai postulé et j’ai été pris.

Quelles ont été tes motivations pour participer au second projet Génération Court ?
D’abord de faire un film qui soit meilleur que le premier car aujourd’hui, avec un peu de recul, je ne le trouve pas assez bien, même s’il y aura toujours des personnes pour dire qu’il est bien. Je vois plus les défauts, ce que je dois améliorer. La première fois j’aurais aimé gagner le premier prix pour aller à l’édition nationale, et je me suis dit que là il fallait vraiment que j’y aille car il y a des films de qualité : il fallait donc que je fasse un meilleur film qui puisse concourir en édition nationale, face à des films pro ou semi pro. Je voulais vraiment faire ce second film parce-que c’est un hommage au quartier où j’ai grandi. L’idée c’est d’essayer de toujours faire mieux.

Qu’est-ce que t’as apporté cette seconde opportunité de réalisation ?
Dans un premier temps, les conditions étaient meilleures, on était beaucoup plus à l’aise sur ce deuxième projet car on avait un peu plus de budget et plus de jours de tournage : au lieu de 3, on en a eu 5. Depuis 2 ans je suis resté dans le milieu de la vidéo, je travaille avec une association, ce qui m’a permis de toucher un peu à la vidéo, de faire des interviews, de rencontrer des personnes, de réaliser des petits projets, j’ai beaucoup appris entre mon premier court-métrage et aujourd’hui. Cette fois j’ai eu beaucoup plus d’aisance à communiquer avec mes comédiens et techniciens, j’ai senti que j’avais progressé à ce niveau. Réaliser ce deuxième court-métrage m’a permis de mettre en pratique tout ce que j’ai pu apprendre ces deux dernières années et ce que j’avais déjà appris lors du premier court-métrage, afin de ne pas répéter certaines erreurs.

A ce stade du projet, quelle(s) difficulté(s) as-tu rencontré ? As-tu rencontré les mêmes difficultés que lors de ta première réalisation ?
Il y a toujours des difficultés, rien ne sera jamais parfait à 100%. Pour moi c’était de trouver des personnes pour travailler sur le projet, surtout au niveau de la régie. De plus, on a tourné de nuit, donc on avait besoin de personnes pour accompagner les comédiens, etc. J’ai eu beaucoup de difficultés à trouver des personnes sérieuses qui pouvaient s’investir réellement et j’ai dû m’occuper de la régie à certains moments. L’autre difficulté était au niveau de la gestion du temps par rapport au découpage technique : on a dû abandonner certains plans qui me tenaient à cœur, mais à partir du moment où le soleil se levait on ne pouvait plus tourner. Ce sont les deux principales contraintes que j’ai rencontré. Le fait de tourner de nuit était plutôt un challenge mais j’aime bien me confronter à ce type de difficulté. A la base j’aurais souhaité tourner en hiver, j’avais même réfléchi pour amener de la neige, mais bon, ce n’était pas réalisable. Même au niveau de la lumière, quand on tourne de nuit ça demande beaucoup de travail, c’est aussi pourquoi j’ai voulu tourner dans un endroit que je connaissais bien. J’ai habité là bas pendant plus de 5 ans, je connaissais les habitants, j’ai gardé de bonnes relations avec eux et on a pu faire des branchements à partir des appartements et au final on n’a pas eu de soucis.

Penses-tu que cette seconde participation t’as permis d’évoluer dans ton travail de réalisateur ?
Je pense que ça m’a beaucoup permis d’évoluer. Je pense sincèrement que j’ai progressé, quand j’ai tourné la première scène de mon premier film ici à l’OMJA, je ne savais même pas quand dire « action ! », j’étais perdu, et aujourd’hui quand je vois comment je communique avec mes comédiens, comment j’arrive à leur faire faire ce que je souhaite, ça veut dire que j’ai bien expliqué. Ca m’a beaucoup apporté au niveau de la gestion des équipes artistiques et techniques, à coordonner tout ça, le tournage s’est bien déroulé, tout le monde s’entendait bien. J’espère que le prochain sera encore meilleur.

Comment appréhendes-tu cette seconde participation, directement en finale nationale jeunes adultes ?
Je suis vraiment très motivé, j’ai déjà vu deux éditions nationales et il y a de très bons films qui m’ont impressionné. Je me dis qu’avec le peu que j’ai, je peux aller me frotter à eux, il n’y a pas de raison que je ne remporte pas un premier prix si on travaille bien en post production, maintenant que le tournage est terminé. J’y vais quand même avec l’ambition de remporter un ou plusieurs prix. L’idée c’est aussi de participer à d’autres festivals, je suis très motivé et je n’ai rien à perdre. Déjà de participer à l’édition nationale c’est quelque chose, je remercie d’ailleurs l’OMJA qui m’a donné cette chance, puis cela va me permettre de rencontrer des personnes, on ne sait jamais ce qui peut se passer !

Souhaites-tu évoluer professionnellement dans le monde du cinéma et/ou de l’audiovisuel ?
Je ne me mets pas de pression, j’aimerais bien continuer dans le cinéma mais je ne me vois pas en faire mon seul et unique métier. Il y a deux ans on m’a proposé de faire l’EICAR, j’ai refusé car j’étais déjà dans un cursus en histoire et je ne me voyais par arrêter complètement pour me consacrer au cinéma. J’ai réussi à faire deux courts-métrages sans aller dans une école de cinéma, je me dis que je peux continuer à faire des films, sans pour autant aller dans une école. Ça reste encore un loisir pour moi, et je veux continuer à faire ça parallèlement à mes autres activités.

Aurais-tu un conseil à donner aux futurs participants au Projet Génération Court ?
Le conseil que je leur donnerais c’est d’être motivé à fond du début à la fin et de ne pas avoir peur de se rater, de profiter des jours de tournage et des conseils des professionnels. C’est très important de vraiment écouter les pros qui nous entourent, que ce soit les scénaristes, les intervenants, les réalisateurs référents, les gens qui sont du milieu et qui peuvent nous donner des conseils. Nous on arrive avec une idée précise de ce que c’est de réaliser un film et parfois ça ne correspond pas cinématographiquement. Il faut donc profiter des conseils et faire en sorte d’avoir une bonne relation avec les personnes avec lesquelles on travaille car on peut être amené à les recontacter pour un autre projet. Donc qu’ils s’amusent, qu’ils écoutent les conseils et qu’ils kiffent vraiment l’expérience.